Bitcoin : Le Salvador face au dilemme entre le FMI et ses réserves


Les réserves de Bitcoin du Salvador s’élèvent à 7 696 BTC, soit environ 460 millions de dollars au 28 juin. Toutefois, ce chiffre semble davantage servir une stratégie politique que ne le permet réellement la comptabilité rigoureuse qui l’entoure.
Le gouvernement du président Nayib Bukele continue de promouvoir publiquement une stratégie d’accumulation d’un BTC par jour. Pourtant, le pays opère sous le régime d’un mécanisme élargi de crédit de 1,4 milliard de dollars avec le FMI, lequel impose un plafond strict de zéro sur les achats volontaires de Bitcoin par le secteur public.
Ce décalage entre le discours public et les conditions d’octroi du prêt constitue la tension centrale que le prochain examen du FMI mettra inévitablement en lumière.
Au moment de cette publication, le Bitcoin s’échangeait entre 59 000 $ et 60 000 $, affichant une baisse d’environ 19 % sur 30 jours. Ce repli est crucial pour l’image budgétaire du pays : alors que la valorisation des réserves frôlait les 800 millions de dollars début 2026, la stratégie semblait être un pari souverain gagnant.
Aux cours actuels, cette position de 7 696 BTC représente une perte latente significative et un poste du bilan comptable que l’FMI surveille de très près.
Le Salvador occupe une place unique dans l’histoire souveraine du Bitcoin. Le pays a adopté le BTC comme monnaie légale en septembre 2021, a mis en place l’infrastructure du portefeuille d’État Chivo pour favoriser l’adoption publique et a transformé l’achat de BTC en une marque nationale. Cette ère est désormais limitée par les termes de l’accord avec l’FMI, nécessaires pour stabiliser les finances publiques.
Le plafond de l’FMI est précis, la croissance des réserves l’est moins
Le mécanisme élargi de crédit de l’FMI, approuvé par le conseil d’administration début 2025, inclut un critère de performance quantitative continue avec un plafond de zéro pour l’accumulation volontaire de BTC par le secteur public.
Un plafond parallèle concerne la dette du secteur public libellée ou indexée sur le BTC, ainsi que les instruments tokenisés. Il ne s’agit pas d’objectifs ambitieux, mais de critères de performance liés au décaissement des fonds. Tout manquement entraîne des conséquences.
La complication réside dans le fait que les avoirs déclarés du Salvador ont augmenté depuis le début du programme. Les données officielles indiquaient 5 968 BTC au lancement du programme en décembre 2024 ; BitcoinTreasuries en liste désormais 7 696 à la fin juin 2026. À première vue, cette trajectoire contredit l’engagement de non-accumulation.
L’explication de l’FMI, confirmée par la porte-parole Julie Kozack, est que l’augmentation du Fonds de réserve stratégique Bitcoin reflète une consolidation de BTC provenant de divers portefeuilles gouvernementaux, notamment d’une adresse de stockage à froid de la BANDESAL plutôt que de nouveaux achats nets sur le marché. Selon l’FMI, le total de BTC contrôlé par l’ensemble des portefeuilles gouvernementaux est resté inchangé.
Cette distinction est techniquement défendable selon les normes comptables internationales du secteur public, qui traitent tous les portefeuilles contrôlés par l’État comme une position consolidée.
Cependant, cela n’est pas évident à la lecture du tracker public des réserves, laissant le récit d’un BTC par jour dans une zone structurellement ambiguë : cette affirmation pourrait décrire des mouvements internes entre portefeuilles plutôt qu’une nouvelle accumulation souveraine, ou non.
L’image Bitcoin de Bukele face aux conditions strictes du prêt
La logique politique de la stratégie Bitcoin souveraine de Bukele a toujours comporté plusieurs niveaux. Les achats de BTC étaient simultanément une protection contre la dépendance au dollar, un exercice de branding pour l’audience crypto internationale et un signal politique intérieur.
Le récit du « 1 BTC par jour » circule toujours efficacement sur les réseaux sociaux et continue de positionner le Salvador comme l’expérience phare de la régulation crypto par l’adoption plutôt que par la restriction. Cette valeur politique ne disparaît pas sous la surveillance de l’FMI.
Ce qui change, c’est la structure de responsabilité. Le programme de l’FMI a exigé que le Salvador déclare toutes les adresses de portefeuilles (chauds et froids) du secteur public et les soldes correspondants, avec des échéances fin mars 2025, fin juin 2025 et fin décembre 2025.
Il a également été demandé au gouvernement de mettre fin à son implication publique dans le portefeuille Chivo d’ici juillet 2025, de liquider le trust Fidebitcoin et de publier des rapports financiers audités pour toutes les entités publiques liées au Bitcoin. La position officielle du Fonds est que « les efforts se poursuivront » pour garantir que le Salvador n’accumule pas de BTC supplémentaires, une formulation qui signale une surveillance continue plutôt qu’un verdict de conformité définitif.
Une réserve gouvernementale ne peut pas être rachetée comme des parts d’ETF. Les ETF Bitcoin au comptant aux États-Unis ont enregistré environ 5,94 milliards de dollars de sorties sur six semaines consécutives durant la période où la réserve du Salvador était sous pression, illustrant la rapidité avec laquelle la demande institutionnelle peut s’inverser.
Le Salvador ne dispose d’aucun mécanisme de sortie équivalent. Sa réserve doit coexister simultanément avec les objectifs budgétaires, les conditions de décaissement de l’FMI et les exigences de comptabilité publique. C’est une contrainte d’une nature bien différente de celle à laquelle fait face une trésorerie d’entreprise ou un promoteur d’ETF.